Saint-Etienne – Colline des Pères

Ce texte a été rédigé par Le « Musée du Vieux Saint-Étienne » à l’occasion de la création des parcours de GéoFuté sur la colline des Pères !

 

Si l’on connaît Saint-Étienne comme la ville de l’arme, du cycle, du ruban et du charbon, on sait moins que, de son passé industriel, sont nés certains concepts et objets, toujours fort utiles aujourd’hui.

  • Machine à coudre

La première machine à coudre a été inventée à Saint-Étienne… Barthélémy Thimonnier, né à l’Arbresle dans le Rhône en 1793, vient s’installer à Saint-Étienne dans le quartier de la Rivière en 1823. Il dépose à la Préfecture de la Loire son brevet d’invention le 17 juillet 1830. Sa machine à coudre, avec un fil et une seule aiguille, réalise un point de chaînette. Une couture qui malheureusement n’est pas très solide dans le temps. Il faudra attendre l’américain Walter Hunt pour voir l’utilisation de la canette, et donc une couture avec deux fils ; et surtout Singer en 1851, pour voir enfin de véritable machine à coudre. Saint-Étienne est au XIXe siècle un grand centre d’innovation et d’invention.

  • La roue libre

Pouvoir descendre une route à vélo en roue-libre, c’est pratique … et surtout possible grâce à un stéphanois ! A la fin du XIXe siècle, c’est à Saint-Étienne, au bas du cours Fauriel, que Monsieur Fasano, ouvrier armurier, invente la roue libre. Il avait probablement quelques difficultés pour percer le métal avec l’outil de l’époque : la foreuse à archet, la mèche tournait alors dans les deux sens ! Il invente donc un mandrin avec un système de roue à cliquet afin que la mèche ne tourne que dans un seul sens. Très vite cependant l’outil est remplacé entre autre par le vilebrequin, et l’astuce de Fasano aurait pu disparaître. Mais, Étienne Mimard, Directeur de la « Manufacture nationale d’armes et cycles de Saint-Étienne » toute proche, découvrant l’outil, décide d’embaucher Fasano et va utiliser cette invention à un tout nouveau produit qu’il va vendre dans son catalogue par correspondance : la bicyclette ! Le musée du vieux Saint-Étienne abrite dans ses collections le prototype de cette roue libre inventée par Fasano.

  • Fiches de fenêtre

Les Parisiens des XVIIe et XVIIIe siècles aèrent leurs appartements grâce aux stéphanois … Saviez-vous qu’au XVIIe siècle, dans la presque totalité des constructions parisiennes, les fenêtres s’ouvrent grâce à des fiches (charnières) fabriquées ici ? Et si l’on démonte des fenêtres des XVIIe ou XVIIIe siècles dans d’autres villes de France, l’on retrouve aussi des fiches fabriquées à Saint-Étienne. Les artisans stéphanois avaient l’habitude d’estampiller toute leur production. Ainsi, en consultant les registres de catholicité de la paroisse de Saint-Étienne on recense plus de 300 faiseurs de fiches !

  • Moulins à café

Au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, le café arrive en France. C’est au départ un produit de luxe et la haute noblesse française va avoir besoin de moulins … Les premiers moulins à café français sont de véritables pièces d’orfèvrerie et de mécanique de précision, … et sont l’Å“uvre d’artisans stéphanois. Entre une arme et un fusil … le savoir-faire est le même ! Rapidement, la démocratisation du café va reléguer le moulin à la cuisine … et les artisans stéphanois vont créer le modèle « Louis XIV » avec sa caisse en bois à la forme très fonctionnelle. On retrouve ici tout le savoir-faire de l’armurerie : ergonomie de la crosse et mécanique de précision. Le modèle dit « Louis XIV » les modèles de voyage peuvent être considérés comme les débuts du design à Saint- Étienne. Ils allient parfaitement les aspects fonctionnels et esthétiques avec la maîtrise de l’assemblage de plusieurs matériaux. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, on a recensé sur Saint-Étienne plus de 80 faiseurs de moulin à café. Avec la révolution industrielle, la fabrication des moulins à café va s’arrêter à Saint-Étienne pour renaître quelques années plus tard, dans le Doubs avec la famille Peugeot, la dimension artisanale en moins.

  • La réserve de la mine

Saviez-vous qu’au XVIIIe siècle, afin de protéger les artisans et industriels stéphanois, il était interdit d’exporter le minerai de charbon extrait dans un périmètre de 2 lieues (8 890 mètres) autour de Saint-Étienne ? Cette « réserve » est confirmée en 1724 par le roi Louis XV. Cependant, les fraudes sont multiples, malgré un nouvel arrêt royal en 1738, ajoutant la confiscation des bateaux et marchandises pour les contrevenants. Les dérogations sont cependant nombreuses et en 1763 un nouvel arrêt fixe cette fois la « réserve » à un périmètre de 2 000 toises (3 898 mètres) depuis le centre de Saint-Étienne … la place du Pré de la Foire (actuelle place du Peuple). Les lois des mines de 1810 abrogent cette « réserve ».

  • Optiques Angénieux

Et pourquoi pas un geocaching sur la Lune ? Vous retrouveriez peut-être un objet fabriqué chez nous. Au hasard d’un cratère vous risquez en effet de tomber sur un objectif de caméra fabriqué à Saint-Héand par l’entreprise Angénieux. C’est Pierre Angénieux, jeune ingénieur optique, qui y crée en 1935 son entreprise, et qui va révolutionner le monde de l’image. Dès 1950, il invente le premier grand-angle du monde pour boîtiers 24×36, le Rétrofocus F35. En 1964, il équipe la sonde spatiale Ranger VII de la NASA, offrant ainsi les premières images américaines de la face cachée de la lune. Et, en 1969, il équipe la mission Apollo XI (celle des premiers pas de l’homme sur notre satellite). L’entreprise est récompensée à quatre reprises à Hollywood (en 1964, 1989, 2008) par l’Academy Motion Picture Arts and Sciences (les fameux Oscars !) et en 2012 par la Society of Camera Operators. L’excellence des zooms Angé- nieux est appréciée sur le tournage des productions les plus importantes et les plus exigeantes.

  •  École de dessin

L’ancienne École de dessin installée sur la colline du Mont d’Or, au-dessus de parking des Ursules est un bel exemple du savoir-faire stéphanois. A l’origine, la première école de dessin est créée en 1803 dans la sacristie de l’ancien couvent des Minimes (église saint Louis). C’est en 1859 qu’elle s’installe aux Ursules, dans un bâtiment construit par Boisson de style néo-Louis XIII. Cette école était destinée à servir les industries maîtresses, la rubanerie et l’armurerie. Il y avait donc « la classe de fleurs », la gravure, la teinture, etc. Dans les années 1880 elle s’appelle même Ecole des Arts Industriels, puis École régionale des Beaux-Arts en 1923. Elle était donc bien la préfiguration de l’actuelle Cité du Design. C’est d’ailleurs là que l’école s’installe en 2006 devenant École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne

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